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Avatar de Suzy Wong

Ben oui. Y’a des Québécois fédéralistes. Comme y’a des Québécois souverainistes, de droite, de gauche, conservateurs, progressistes… pis même du monde qui savent pu trop où ils se placent mais qui vivent pareil.

Être Québécois, c’est pas une carte de membre avec une idéologie obligatoire.

Le fédéralisme au Québec, c’est juste une position politique parmi d’autres — ça veut dire vouloir rester dans le Canada, point .

Pis à l’intérieur même des fédéralistes, y’a mille nuances : certains veulent plus d’autonomie, d’autres sont bien avec le statu quo . Pis autre affaire que le monde oublie tout le temps : les fédéralistes pis les souverainistes sont pas deux espèces différentes.

Ils se répartissent à peu près pareil sur l’axe gauche-droite. Y’a du monde de centre, de gauche pis de droite dans les deux camps .

Faque non… être fédéraliste, ça t’enlève pas ton “québécitude”.

Ça fait juste dire que t’as une autre façon de voir comment le Québec devrait exister dans le monde. Pis si ça dérange du monde… ben c’est peut-être eux autres qui confondent identité pis opinion.

Avatar de Claude Gaudet

Argumentaire pour le fédéralisme

1. L’argument économique

La séparation du Québec introduirait une période prolongée d’incertitude économique : statut de la monnaie, dette publique, régime fiscal, frontières commerciales. Le coût du changement serait immédiat, mais les bénéfices demeureraient hypothétiques et s’ils s’avéraient, ce ne serait qu’à long terme. Les marchés pénalisent l’incertitude avant même que les décisions finales ne soient prises. Le Canada est le principal partenaire commercial du Québec. Une séparation poserait la question de l’accès garanti au marché intérieur, notamment pour les chaînes d’approvisionnement intégrées (aéronautique, énergie, agroalimentaire).

Rappelons-nous que c’est dans le cadre canadien que le Québec a été en mesure de créer l’Hydro-Québec, la Caisse de Dépôt, l’Autorité des marchés financiers, Investissement Québec, Revenu Québec et les Caisses Desjardins. Le gouvernement fédéral n’a pas l’autorité directe sur la fiscalité provinciale et la régulation interne de la très grande majorité des entreprises au Québec. En ce qui concerne nos PME, seuls 5 % sont de propriété canadienne hors Québec et 7 % de propriété étrangère.

2. L’argument monétaire et financier

Trois options sont généralement évoquées : conserver le dollar canadien sans contrôle, créer une monnaie québécoise, ou nous arrimer avec une autre devise étrangère, comme le dollar américain ou l’Euro, par exemple. Chacune comporte des risques (inflation, taux d’intérêt plus élevés, crédibilité internationale). Le partage de la dette canadienne serait politiquement et juridiquement complexe. Une hausse du ratio dette/PIB du Québec pourrait entraîner une dégradation significative de la cote de crédit, d’où des coûts d’intérêt plus élevés encore sur les emprunts du gouvernement du Québec.

3. L’argument démographique

Certains penseurs comme Charles Taylor et Gérard Bouchard, soutiennent que l’indépendance du Québec pourrait même fragiliser le français, plutôt que de renforcer : une tendance à la baisse de notre taux de natalité (1.33 enfant par femme en 2024) entraînerait des pressions accrues pour attirer l’immigration économique, une anglicisation des échanges internationaux et une diminution de l’effet de masse francophone canadienne. Il serait exagéré de dire que Bouchard et Taylor prouvent que la démographie québécoise mène au fédéralisme, mais leur analyse montre une société pluralisée et moins homogène, un affaiblissement des mythes mobilisateurs, une culture politique plus pragmatique, un contexte démographique minoritaire continental. Ces facteurs, combinés, rendent le projet souverainiste plus exigeant qu’auparavant. En ce sens, la démographie du Québec favorise un nationalisme plus compatible avec un fédéralisme réformé qu’avec une rupture souverainiste.

4. L’argument des Nations autochtones.

Les citations des chefs autochtones dans les médias depuis les trente dernières années montrent qu’ils se positionnent à partir de principes comme l’autodétermination propre aux peuples autochtones, la reconnaissance distincte des droits ancestraux, le refus d’être soumis à un référendum dont ils ne seraient pas parties prenantes et la nécessité de négociations spécifiques avant toute redéfinition des statuts politiques. Ce n’est pas une opposition simplement « fédéraliste » dans le sens politique classique, mais bien une demande que leurs droits et statuts soient reconnus et protégés de manière autonome, quel que soit le résultat d’un débat sur la séparation du Québec du Canada, avec leur droit à l’autodétermination clairement respecté.

5. L’argument constitutionnel et juridique

La sécession exigerait un référendum clair, des négociations complexes et impliquerait une reconnaissance internationale incertaine. La Cour suprême (1998) a rappelé que la sécession ne peut être un acte unilatéral sans négociation. D’autre part, l’article 45 de la Loi constitutionnelle de 1982 autorise une législature à adopter des lois pour modifier la constitution de sa province. Lorsque la constitution d’une province est approuvée par les citoyens, le gouvernement fédéral a l’obligation de l’inclure dans la Constitution canadienne. Le Québec peut s’affirmer en adoptant sa propre Constitution, y insérer son code civil, sans se séparer du Canada, réparant ainsi l’erreur de 1982.

6. La capacité d’influence du Québec

La « Révolution tranquille » au Québec a donné naissance à la création du ministère de l’Éducation, au réseau des Cégeps et de l’Université du Québec, à la Charte québécoise des droits et libertés sept ans avant la Charte canadienne, à l’assurance maladie et à la Charte de la langue française. Le Québec a aussi été un précurseur au Canada pour plusieurs mesures sociales importantes, comme les CPE, le congé parental et l’aide médicale à mourir dans la dignité. Les valeurs québécoises comportaient déjà la séparation de l’Église et de l’État sous Gustave Joly de Lotbinière en 1869. Le Québec est la juridiction canadienne qui a fait adopter la première loi sur le chômage sous Louis-Alexandre Taschereau en 1936.

Les fédéralistes québécois peuvent non seulement contribuer à faire évoluer le Canada, ils peuvent en déterminer la trajectoire: depuis 1867, sept des vingt-trois premiers ministres du Canada provenaient du Québec.

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