Les fédéralistes sont-ils des Québécois?
Les chefs des partis souverainistes pensent que non.
(English text available here.)
Vous avez la feuille d’érable tatouée sur le cœur? Ou, simplement, malgré votre amour pour le Québec, vous préférez demeurer canadien? L’une de ces nuances de rouge et toutes les autres entre elles fait de vous un fédéraliste.
Selon le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, cela fait aussi en sorte que vous n’êtes pas un Québécois.
M. Blanchet a vraiment dit ça dans une entrevue de fin d’année à La Presse, publiée le 24 décembre. C’est passé relativement inaperçu, vite enterré par le réveillon et tout ce qu’on a mangé, bu et fêté ce soir-là. Le cycle de nouvelles s’est arrêté avec l’anniversaire du p’tit Jésus laïc. Après les fêtes, les journalistes et les commentateurs politiques sont passés à autre chose.
Je pense aux paroles du chef du Bloc et au surprenant silence qui les a suivies presque tous les jours depuis trois mois, tellement c’est énorme, absurde, mais aussi révélateur de la pensée de certains leaders souverainistes actuels.
Si on tenait un référendum aujourd’hui sur l’indépendance du Québec, près de 70 % d’entre nous voteraient « Non ». Donc, selon la logique de M. Blanchet, 70 % des habitants du Québec « ne sont pas Québécois ».
De même que la majorité de celles et ceux qui ont vécu au Québec depuis un demi-siècle.
Les chefs souverainistes d’une autre époque, disons pré-charte des valeurs, n’auraient jamais osé dire une chose pareille, par respect pour leurs concitoyens qu’ils tentaient de convaincre et qu’ils aspiraient à diriger dans le pays qu’ils proposent, mais aussi parce que c’est un non-sens. Le statut du Québec va se décider entre Québécois; ceux qui préfèrent rester dans le Canada ne le sont pas moins.
De toute ma vie adulte, je ne me souviens pas que ça ait été mis en cause par un politicien sérieux. Le fédéral et certains politiciens fédéralistes ont beau avoir été attaqués à boulets rouges, on n’avait jamais visé l’ensemble des Québécois fédéralistes.
De la même façon, Robert Bourassa ou Philippe Couillard n’ont jamais vu les souverainistes comme une sous-catégorie de Québécois. Le gouvernement fédéral n’a jamais fait passer de test pour savoir si vous étiez suffisamment fédéraliste pour pouvoir voter ou pour être élu. Un parti souverainiste envoie ainsi des députés à Ottawa depuis plus de 35 ans. Il a même formé brièvement l’opposition officielle.
Aujourd’hui, de plus en plus de politiciens souverainistes semblent penser que le Québec n’est pas habité que par des Québécois. Depuis la déclaration de M. Blanchet, il y a trois mois, aucune personnalité souverainiste ne l’a contredit.
Paul St-Pierre Plamondon, le chef du Parti québécois, en a même remis une couche récemment, en demandant aux résidants de l’Outaouais de « voter comme un Québécois » lors des prochaines élections.
Oui, il a dit ça.
On peut présumer que, pour M. St-Pierre Plamondon, voter comme un Québécois, c’est voter pour le parti qu’il dirige.
Présentement, le Parti québécois reçoit 31 % d’intentions de vote. Donc, 31 % d’entre nous ont l’intention de « voter comme un Québécois ». Les autres voteraient comment? Un colonisé? Un vendu? Un anglo? Un immigrant?
Ou, pire, un Canadien?
Ouache!
On pourrait croire que c’est anodin. Pour ma part, je crois qu’un changement important est en train de s’opérer en politique québécoise. Un discours plus accusatoire s’est affranchi, peut-être par l’influence d’un pourrissement général du climat politique d’abord aux États-Unis, puis au Canada. La pensée politique a aussi évolué dans le même sens et les discours plus radicaux, auparavant en marge des grands partis, sont repris par leurs chefs.
Dans le passé, les leaders souverainistes n’ont jamais tenté d’opérer de clivage entre de vrais et de faux Québécois. Ils cherchaient à rallier, à convaincre, à additionner. En critiquant, parfois, mais jamais en excluant. Souverainiste ou fédéraliste, on ne se trouvait pas nécessairement si éloignés sur l’essentiel, on espérait seulement faire changer d’idée et on croyait qu’un dialogue était possible. C’était aussi indispensable pour gagner l’élection, à plus forte raison un référendum.
On cite souvent le discours du centaure de Lucien Bouchard, en 1998, par lequel il avait garanti aux Québécois anglophones que leurs institutions, leurs droits et leur mode de vie seraient protégés dans un Québec indépendant. Bouchard avait fameusement dit que « si vous allez à l’hôpital et que vous souffrez, vous avez peut-être besoin d’un test sanguin, mais vous n’avez certainement pas besoin d’un test linguistique ». (Ma traduction. L’original en anglais est disponible ici.)
Mais avant Bouchard, René Lévesque avait planté les poteaux et tracé les limites de la discussion nationale de façon bien plus explicite.
C’était en mars 1980, deux mois avant le premier référendum, lors d’une allocution devant des représentants de la communauté anglophone. Les premiers mots laissaient peu de doute sur la pensée de Lévesque : « Dear Fellow Quebecers ».
Ce n’était pas qu’une formule de politesse. Dans son discours prononcé en anglais, Lévesque a voulu crever l’abcès une fois pour toutes, en parlant de ce que signifiait « Québécois » ou son équivalent anglais « Quebecer », aux yeux des membres de son parti.
(J’ai laissé « Quebecer » dans le texte traduit pour le séparer du terme « Québécois », également utilisé dans la version originale.)
« J’aimerais tenter d’aller au fond de cette question quelque peu éculée qui consiste à savoir qui — selon nous, du moins — a le droit de se qualifier de “Quebecer”.
Cette incertitude très artificielle, mais aussi très persistante est même à l’origine de certaines préoccupations exprimées dans plusieurs milieux, selon lesquelles nous ne considérerions pas le vote anglophone comme valide une fois les résultats du référendum connus. Il s’agit là d’une sorte de variante extrême de la notion qui a été véhiculée, en particulier dans les milieux d’opposition depuis plus de trois ans, selon laquelle, pour nous, pour être “Quebecer”, il faut être Canadien français et même aussi catholique, pratiquant ou non. Alors réglons si possible, une fois pour toutes, cette question de savoir qui est “Quebecer” ou un “Québécois”.
“Quebecer” est un nom qui, pour nous, réunit tous ceux qui sont nés ou qui vivent au Québec et qui relie entre elles leurs nombreuses différences linguistiques, ethniques, culturelles, religieuses, géographiques et autres. C’est la marque d’appartenance à un peuple et à une terre, et l’usage de ce mot ou de son équivalent français “Québécois” n’est en aucun cas la propriété exclusive d’un groupe et encore moins d’un parti. »
(…)
Aujourd’hui, le terme « Quebecer » est communément admis, et que ce soit en anglais ou en français, les « Quebecers » anglophones peuvent se comporter de manière plus ou moins intelligente ou acceptable, et les « Québécois » francophones peuvent agir brillamment ou bêtement, mais en aucun cas leur appartenance à l’identité québécoise ne saurait être remise en cause. J’espère que c’est clair! »
Pour rappel, Lévesque n’était pas emballé par le nom « Parti québécois », parce qu’il considérait que la politisation du qualificatif pouvait exclure ceux qui avaient d’autres préférences politiques. Près de 60 ans après la fondation du PQ, le plus récent héritier de Lévesque en a fait la démonstration lorsqu’il a appelé à « voter comme un Québécois ».
Comme dans le cas du chef du Bloc à propos des fédéralistes, on dirait que personne n’a considéré que PSPP pouvait réellement penser ce qu’il disait et, si c’était le cas, que ça n’avait pas de maudit bon sens.
Pour certains souverainistes, les Québécois anglophones ont souvent été vus davantage comme un obstacle que comme des concitoyens exerçant leurs libertés démocratiques. Remettre en cause l’authenticité de leur « québécitude » était une façon commode de les tasser dans un coin et de ne considérer que les « vrais » Québécois. Sans les « Anglais », le Québec serait déjà un pays, n’est-ce pas?
Cet état d’esprit existe encore aujourd’hui, mais il s’est faufilé dans le discours acceptable, ou en tout cas accepté. Récemment, en commentant un sondage, une ex-députée du PQ a rappelé que le vote francophone est « celui qui compte ». Les leaders souverainistes vont plus loin, encouragés par des commentateurs de plus en plus décomplexés, voire haineux, envers ceux qui commettent le crime de ne pas partager pas leur vision de la question nationale.
Ce ne sont plus seulement les « Anglais » qui sont un obstacle; ce sont tous les fédéralistes. Et, confondant leurs propres préférences politiques avec ce qu’ils voient comme une conclusion évidente et obligatoire, des politiciens souverainistes en viennent à affirmer publiquement et sans aucune gêne que les fédéralistes ne sont pas Québécois, ne votent pas comme un Québécois, oubliant que ces non-Québécois constituent la majorité des électeurs dont ils recherchent l’appui.
C’est la libération d’une parole qui a toujours existé chez les plus militants, mais qui n’avait jamais remonté jusqu’au sommet. Ça témoigne aussi d’une radicalisation du mouvement souverainiste — au sens premier du terme —, ou à tout le moins d’une plus grande intransigeance.
Ça détermine et ça colore aussi les actions et les préoccupations des politiciens indépendantistes et de ceux qui les conseillent. Si seulement 31 % des habitants du Québec sont Québécois, pourquoi se préoccuper de ce que pensent les autres?
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Plus un parti représente une coalition large, plus il doit faire de compromis. Quand le Québec était dominé par deux partis, soit durant presque toute notre histoire politique, à peu près tout le monde voulant s’engager dans la chose publique gravitait autour de ces deux pôles. C’était d’abord les libéraux et les conservateurs, puis l’Union nationale, puis le Parti québécois.
Le PQ a déjà regroupé des souverainistes pressés et moins pressés, mais aussi des souverainistes plus à droite, et d’autres très à gauche. Le Parti libéral comprenait des militants plus attachés à Ottawa davantage et d’autres qui se voyaient Québécois d’abord, et Canadiens ensuite.
L’atomisation de notre paysage politique a multiplié les pôles d’attraction. Les fédéralistes nationalistes et des souverainistes désabusés se sont tournés vers la CAQ. Les souverainistes plus à gauche, mais aussi des supporteurs du PLQ, sont allés gonfler les rangs de Québec solidaire, qui est aujourd’hui davantage un parti de gauche que souverainiste. L’électorat de droite et antisystème, et même une frange un peu paranoïaque, qui étaient auparavant éparpillés le long de l’axe fédéraliste-souverainiste, se sont retrouvés chez les conservateurs d’Éric Duhaime.
Chacun de ces cinq pôles est idéologiquement plus « pur » que le PQ ou le PLQ pouvaient l’être quand ils définissaient chacun près de la moitié du spectre politique québécois.
La discussion à l’intérieur de ces nouvelles tentes, plus étroites, est plus facile. Au lieu de débattre, on se crinque. Chaque parti ressemble de plus en plus à une chambre d’écho, presque unanime en son sein, mais divorcée de la conversation bien plus diversifiée qui anime le Québec.
Cette pureté idéologique est également attirante parce qu’elle peut maintenant être récompensée électoralement si on atteint une masse critique, même si cette masse est bien en deçà d’une majorité.
En 1973, avec 30 % du vote, le Parti québécois avait fait élire six députés. René Lévesque avait été battu dans sa circonscription. Aujourd’hui, avec 31 % du vote, le PQ aurait de bonnes chances de former un gouvernement majoritaire.
Pourquoi tenter d’additionner les électeurs en faisant des compromis si la pureté idéologique est suffisante? Pourquoi tenir un discours modéré si des propos accusatoires, aux limites de la paranoïa et de l’insulte, arrivent à mobiliser une base suffisante?
C’est bien plus simple. Et tant pis pour les autres.
Les politiciens de toutes couleurs sont souvent tellement convaincus qu’ils ont raison qu’ils n’arrivent plus à voir un point de vue légitime chez leurs adversaires. Être fédéraliste ne signifie pas nécessairement qu’on trouve formidable tout ce qui vient d’Ottawa. Pour la plupart d’entre nous, même si le gouvernement fédéral nous fait parfois rouler les yeux au ciel, ça veut juste dire que présentement, on trouve généralement qu’on est mieux avec le Canada que sans.
En dehors de la bulle politique, nos relations de tous les jours, entre collègues, entre amis, en famille, même en couple, ne sont pas déterminées par la question nationale. Certains sont fédéralistes. Certains sont souverainistes. D’autres sont quelque part entre les deux. Tout ça peut changer. Ça fait partie de nous. Comme bien des Québécois, j’ai voté Oui en 1995, et je voterais Non aujourd’hui.
Daniel Johnson père disait que « chaque Québécois est séparatiste au moins une heure par jour ». Ça résume assez bien le sentiment général.
Le nouveau discours souverainiste voit les choses en noir et blanc — ou plutôt en bleu et rouge. Les fédéralistes sont des colonisés, voire des traîtres. Au mieux, ils sont manipulés et incapables de comprendre ce qui est bon pour eux.
Ça peut faire en sorte qu’on se contente d’espérer former un gouvernement avec un tiers de l’électorat. Ça peut aussi justifier de tenir un référendum quand les deux autres tiers ne sont pas intéressés.
Après tout, ils ne sont pas vraiment Québécois.
-30-
Ce texte fait 2098 mots, soit environ huit pages d’un livre. La recherche, la rédaction et le travail d’artiste amateur m’ont pris deux jours et donné le mal du pays.
Je m’appelle Patrick Déry. J’écris pour vivre. Si vous avez aimé lire ce texte, vous pouvez m’encourager en m’achetant un café. Les commentaires, les partages et les mentions « j’aime » sont toujours appréciés.
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Ben oui. Y’a des Québécois fédéralistes. Comme y’a des Québécois souverainistes, de droite, de gauche, conservateurs, progressistes… pis même du monde qui savent pu trop où ils se placent mais qui vivent pareil.
Être Québécois, c’est pas une carte de membre avec une idéologie obligatoire.
Le fédéralisme au Québec, c’est juste une position politique parmi d’autres — ça veut dire vouloir rester dans le Canada, point .
Pis à l’intérieur même des fédéralistes, y’a mille nuances : certains veulent plus d’autonomie, d’autres sont bien avec le statu quo . Pis autre affaire que le monde oublie tout le temps : les fédéralistes pis les souverainistes sont pas deux espèces différentes.
Ils se répartissent à peu près pareil sur l’axe gauche-droite. Y’a du monde de centre, de gauche pis de droite dans les deux camps .
Faque non… être fédéraliste, ça t’enlève pas ton “québécitude”.
Ça fait juste dire que t’as une autre façon de voir comment le Québec devrait exister dans le monde. Pis si ça dérange du monde… ben c’est peut-être eux autres qui confondent identité pis opinion.
Argumentaire pour le fédéralisme
1. L’argument économique
La séparation du Québec introduirait une période prolongée d’incertitude économique : statut de la monnaie, dette publique, régime fiscal, frontières commerciales. Le coût du changement serait immédiat, mais les bénéfices demeureraient hypothétiques et s’ils s’avéraient, ce ne serait qu’à long terme. Les marchés pénalisent l’incertitude avant même que les décisions finales ne soient prises. Le Canada est le principal partenaire commercial du Québec. Une séparation poserait la question de l’accès garanti au marché intérieur, notamment pour les chaînes d’approvisionnement intégrées (aéronautique, énergie, agroalimentaire).
Rappelons-nous que c’est dans le cadre canadien que le Québec a été en mesure de créer l’Hydro-Québec, la Caisse de Dépôt, l’Autorité des marchés financiers, Investissement Québec, Revenu Québec et les Caisses Desjardins. Le gouvernement fédéral n’a pas l’autorité directe sur la fiscalité provinciale et la régulation interne de la très grande majorité des entreprises au Québec. En ce qui concerne nos PME, seuls 5 % sont de propriété canadienne hors Québec et 7 % de propriété étrangère.
2. L’argument monétaire et financier
Trois options sont généralement évoquées : conserver le dollar canadien sans contrôle, créer une monnaie québécoise, ou nous arrimer avec une autre devise étrangère, comme le dollar américain ou l’Euro, par exemple. Chacune comporte des risques (inflation, taux d’intérêt plus élevés, crédibilité internationale). Le partage de la dette canadienne serait politiquement et juridiquement complexe. Une hausse du ratio dette/PIB du Québec pourrait entraîner une dégradation significative de la cote de crédit, d’où des coûts d’intérêt plus élevés encore sur les emprunts du gouvernement du Québec.
3. L’argument démographique
Certains penseurs comme Charles Taylor et Gérard Bouchard, soutiennent que l’indépendance du Québec pourrait même fragiliser le français, plutôt que de renforcer : une tendance à la baisse de notre taux de natalité (1.33 enfant par femme en 2024) entraînerait des pressions accrues pour attirer l’immigration économique, une anglicisation des échanges internationaux et une diminution de l’effet de masse francophone canadienne. Il serait exagéré de dire que Bouchard et Taylor prouvent que la démographie québécoise mène au fédéralisme, mais leur analyse montre une société pluralisée et moins homogène, un affaiblissement des mythes mobilisateurs, une culture politique plus pragmatique, un contexte démographique minoritaire continental. Ces facteurs, combinés, rendent le projet souverainiste plus exigeant qu’auparavant. En ce sens, la démographie du Québec favorise un nationalisme plus compatible avec un fédéralisme réformé qu’avec une rupture souverainiste.
4. L’argument des Nations autochtones.
Les citations des chefs autochtones dans les médias depuis les trente dernières années montrent qu’ils se positionnent à partir de principes comme l’autodétermination propre aux peuples autochtones, la reconnaissance distincte des droits ancestraux, le refus d’être soumis à un référendum dont ils ne seraient pas parties prenantes et la nécessité de négociations spécifiques avant toute redéfinition des statuts politiques. Ce n’est pas une opposition simplement « fédéraliste » dans le sens politique classique, mais bien une demande que leurs droits et statuts soient reconnus et protégés de manière autonome, quel que soit le résultat d’un débat sur la séparation du Québec du Canada, avec leur droit à l’autodétermination clairement respecté.
5. L’argument constitutionnel et juridique
La sécession exigerait un référendum clair, des négociations complexes et impliquerait une reconnaissance internationale incertaine. La Cour suprême (1998) a rappelé que la sécession ne peut être un acte unilatéral sans négociation. D’autre part, l’article 45 de la Loi constitutionnelle de 1982 autorise une législature à adopter des lois pour modifier la constitution de sa province. Lorsque la constitution d’une province est approuvée par les citoyens, le gouvernement fédéral a l’obligation de l’inclure dans la Constitution canadienne. Le Québec peut s’affirmer en adoptant sa propre Constitution, y insérer son code civil, sans se séparer du Canada, réparant ainsi l’erreur de 1982.
6. La capacité d’influence du Québec
La « Révolution tranquille » au Québec a donné naissance à la création du ministère de l’Éducation, au réseau des Cégeps et de l’Université du Québec, à la Charte québécoise des droits et libertés sept ans avant la Charte canadienne, à l’assurance maladie et à la Charte de la langue française. Le Québec a aussi été un précurseur au Canada pour plusieurs mesures sociales importantes, comme les CPE, le congé parental et l’aide médicale à mourir dans la dignité. Les valeurs québécoises comportaient déjà la séparation de l’Église et de l’État sous Gustave Joly de Lotbinière en 1869. Le Québec est la juridiction canadienne qui a fait adopter la première loi sur le chômage sous Louis-Alexandre Taschereau en 1936.
Les fédéralistes québécois peuvent non seulement contribuer à faire évoluer le Canada, ils peuvent en déterminer la trajectoire: depuis 1867, sept des vingt-trois premiers ministres du Canada provenaient du Québec.